Wishing a merry companion, which is a music in a journey !
Basiquement, le meilleur compagnon de marche est tout de même… une bonne jambe !
Est-ce que cela vous parle ?
Comme le meilleur compagnon de vol est une bonne plume ?
Est-ce que cela vous dit aussi ?
Certes,il est des voyages qu’on ne peut faire directement…Ananda y aide ?
Carambolingue joue ici sur l’analogie totale entre le prénom d’Ananda Devi, la poétesse mauricienne, et le possible adjectif verbal d’un verbe latin n’existant pourtant pas. En effet, pour dire « il faut aller », ce qu’on veut dire ici, le latin classique dirait eundum est, à partir du verbe ire, verbe que beaucoup de langues romanes ont conservé presque à l’identique tandis que le français est reparti d’aller et l’occitan d’anar, qui a donné le point de départ à la chimère ananda…
… sauf que si « Carthage qui doit être détruite » fait s’accorder l’adjectif verbal en delenda Carthago, le verbe aller, intransitif en toutes langues, ne se prête pas à un accord au féminin…
Si les jambes parlaient, n’emploieraient-elles pas le verbe aller plus transitivement ?
Si les piernas hablaban…
Ici devraient s’entendre les paroles d’une contributrice de Patagonie disant qu’avec le français elle fait parler sa tête, avec l’espagnol son cœur...
Ainsi, cette argentine voyageuse, qui s’identifie aujourd’hui plus à un chemin qu’à des racines, nous inviterait à penser qu’il est peut-être des langues qui font parler d’autres parties du corps encore…
Et pourquoi pas les jambes ? Surtout s’il faut parler de voyage !
Mais quel voyage ?
Tournons-nous alors vers Ananda Devi la poétesse et son ouvrage Ceux du large (Editions Bruno Doucey, 2017).
Trois langues tournent au fil des pages, français, anglais et créole de Maurice. En choisissant de ne pas se fier d’abord à celle qu’on entend le mieux, on peut ainsi se laisser dérouter… Pour mieux trouver le véritable fil ?
… qui n’aurait pas l’étroitesse d’un chemin mais celle, précisément, du grand large !
Beaucoup de mots du créole de Maurice sont en rapport avec des mots français. Mais on passe du temps à transposer les wa en oi…
Comme beaucoup de mots français enchaînent oi et r, on suit une récurrence de war en créole… S’agirait-il si souvent de la guerre ? De fait, c’est bien souvent elle qui jette les désespéré.e.s vers le large. Et il est peut-être salutaire de se demander si elle n’est pas un peu en germe dans nos krwar (croire), lespwar (l’espoir), memwar (mémoire)…
Et puis, les mots français se terminant en ment, sans mentir, deviennent des mots terminés en man en créole… telman (tellement), kouman (comment ?), tranbleman (tremblement). Y a-t-il là un possible humain, l’espoir d’un pouvoir humain, celui que suggère l’expression medecine-man ?
Evidemment, ce pouvoir ne se dit sûrement pas qu’avec les jambes, sans doute autant avec le cœur qu’avec la tête…
Dir zot enn ti mo lespwar, dit Ananda Devi en créole : parle-leur d’espoir !
Philippe Sahuc Saüc
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